Retour sur mon déplacement à Dublin en Irlande du 22 au 23 janvier 2026

Mon déplacement à Dublin

Jeudi 22 et vendredi 23 janvier, je me suis rendu pour la première fois de mon mandat à Dublin pour échanger avec la communauté française, rencontrer les conseillers des Français de l’étranger et les représentants de notre réseau diplomatique, consulaire, éducatif et culturel. Le programme de ma visite fut dense, mais enrichissant.

J’ai commencé ma visite par un premier échange avec Armel Tkint de Roodenbeke, premier conseiller de l’ambassade, pour faire le point sur la situation politique locale et les problématiques rencontrées par les Français installés en Irlande. Le gouvernement irlandais affiche une neutralité internationale, le système électoral favorise les candidats les plus modérés, ce qui explique la faiblesse de l’extrême droite. Le parti politique Sinn Féin demeure un acteur central en soutenant la réunification entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord. Ce qui retient mon attention, c’est la place centrale donnée au rôle de proximité des élus, inscrits dans le quotidien des citoyens.

En fin de matinée, je me suis rendu à la rencontre des Français travaillant dans la tech, dans les locaux de LinkedIn, pour discuter avec les membres du Club Volontariat International en Entreprise (V.I.E.). Les échanges avec trois jeunes Français travaillant chez Google et LinkedIn (Floriane de Cottreau, Carolin du Broca et Fabien Zucchini) ont abordé l’impact de l'intelligence artificielle sur les métiers. La nécessité de mieux réglementer l’IA au niveau européen a été soulevée. Les limites de l’intelligence artificielle s'imposent naturellement dans la discussion : transformation accélérée des métiers, retard du cadre législatif, faiblesse des investissements européens face aux géants américains.

Lors du déjeuner, je me suis entretenu avec Esther Link, proviseure du lycée français international Samuel Beckett (LFI), Xavier d’Argœuves le conseiller de coopération et d’action culturelle, et Pierre-Emmanuel Jacob, le directeur de l’Alliance française de Dublin. Cet échange a été l’occasion de discuter de plusieurs sujets, dont la francophonie, la réforme de l’AEFE, l’enseignement du français en Irlande et le déploiement du réseau des Alliances françaises en Irlande.


L’après-midi s’est poursuivi à l’Alliance française de Dublin qui se compose d’un centre de langue et de culture françaises, et d’une médiathèque française. Deuxième plus grande d’Europe, elle impressionne par son dynamisme : 4500 étudiants et plus de 6500 inscriptions et 150 évènements culturels organisés chaque année. Mais derrière cette réussite se dessinent aussi des défis bien réels avec la rénovation du bâtiment et notamment son accessibilité, la consolidation des inscriptions, avec l’atout de la délivrance du diplôme officiel d’études en langue française (DELF) délivré par le ministère de l'Éducation nationale et reconnu dans le monde entier. Le français reste la première langue enseignée en Irlande.

Au consulat, les chiffres rappellent l’ampleur de la présence française en Irlande, bien au-delà des seuls inscrits. Près de 12 000 Français sont inscrits au registre des Français de l’étranger, mais l’on estime qu’environ 20 000 Français seraient installés en Irlande. Étudiants, jeunes actifs, familles : la communauté est diverse, mobile. Elle reste confrontée à des enjeux sociaux très concrets, surtout en matière de logement, de protection sociale et de retraites. Les équipes consulaires ont présenté leur rôle et les spécificités de Dublin, particulièrement une activité de visas très lourde liée au nombre croissant d’étrangers vivant en Irlande et désirant se rendre en France ou en Europe en utilisant le système de Visa Shopping (5800 visas en 2025). En ce qui concerne l’administration des Français, 3000 titres et 450 actes d'état civil ont été délivrés en 2025.

Lors de la réunion organisée autour des FLAM, j’ai été touché par l’engagement des représentants des sept associations FLAM (français langue maternelle) d’Irlande en présence de Sophie Nicoullaud, présidente de FLAM Dublin, Carone Grosperrin pour la ville de Dundalk, Cloé Rollin pour Dublin Est, Linda Alliali pour Wexford, et les représentants connectés en ligne de Galway Limerick, et Waterford. Partout sur le territoire irlandais, les Françaises et Français s’investissent souvent bénévolement pour maintenir la langue française. Ces associations sont labellisées et peuvent bénéficier des subventions de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et de la subvention de l'ambassade pour des projets en particulier. Les associations font face au défi des financements incertains, à la difficulté de recruter des enseignants et parfois au manque de visibilité. Leur engagement mérite un soutien renforcé et mieux structuré. J’avais récemment déposé une question écrite face à la baisse des subventions de l’AEFE et proposé que FLAM puisse être financé par un programme francophone avec des financements d’autres pays comme la Belgique, le Canada etc.

En fin de journée, je suis intervenu lors d’une réunion publique, avec Sophie Nicoullaud, présidente de Flam Dublin en présence des deux conseillers des Français de l’étranger présents en Irlande au moment de ma visite, Benoît Marin Cudraz et Saida Khemir. Les débats se sont orientés sur la situation politique en France et ses difficultés budgétaires, le problème de la souveraineté européenne, l’ingérence américaine, et les problématiques sociales, éducatives rencontrées par la communauté.

Le lendemain matin, j’ai eu un entretien avec Céline Place, ambassadrice de France à Dublin, au cours duquel elle m’a apporté une analyse approfondie de la situation économique et politique, a souligné l’excellence des relations bilatérales entre la France et l’Irlande, ainsi que l’importance stratégique de la relation de proximité avec les États-Unis, principal pourvoyeur d’emplois. La France est considérée comme le voisin européen le plus proche, les échanges scolaires sont nombreux entre les deux pays. La communauté française est bien insérée dans l’emploi en Irlande avec sa croissance économique et son quasi-plein-emploi. À partir du 1ᵉʳ juillet 2026, de nombreuses visites de délégations étrangères sont attendues, date à laquelle l’Irlande prendra la présidence de l’Union européenne.

En fin de matinée, j’ai visité le lycée français international Samuel Beckett. Accueilli par la proviseure du lycée en présence de Laura Le Cleach, attachée de coopération pour le français, j’ai écouté les problématiques rencontrées par les représentants des enseignements et les parents d’élèves. Les discussions ont montré l’inquiétude de la communauté éducative vis-à-vis de la réforme de l’AEFE qui entrainera une hausse de près de 10% des frais de scolarité. J’ai rappelé les amendements que j’ai porté lors du débat budgétaire pour augmenter le budget dédié à l’AEFE et aux bourses scolaires et indiqué que je participerai pleinement à la mission de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication sur la réforme de l’AEFE.

En quittant Dublin, je repars avec une conviction renforcée : la communauté française en Irlande est dynamique, innovante, profondément européenne. Mais elle reste exposée à des fragilités structurelles - logement, financement, souveraineté technologique avec un soutien nécessaire au réseau éducatif et associatif.