Retour sur mon déplacement à Beyrouth au Liban

Accompagné tout au long de mon déplacement du président de Français du Monde au Liban, Moemen Daboussy, j’ai échangé, dès mon arrivée, avec les responsables de plusieurs ONG françaises opérant au Liban.

Nous avons longuement échangé sur les conséquences dramatiques de la baisse drastique du budget de l’aide au développement.

Le Liban est au carrefour de plusieurs crises. Le pays subit, depuis 2019, l’une des plus graves crises économiques de son histoire. Le Liban a accumulé une dette extérieure et intérieure massive, représentant environ 170% du PIB, limitant la capacité de l'État à financer ses dépenses. La livre libanaise a été dévaluée à plusieurs reprises et a perdu une grande partie de sa valeur, entraînant une inflation galopante. Cela a engendré une crise bancaire avec de fortes restrictions sur les retraits et la faillite de plusieurs banques qui ont ébranlé la confiance et l’épargne des citoyens.

Le Liban est également une terre d’accueil pour les réfugiés syriens et palestiniens. On compterait près de 1,2 millions de réfugiés syriens dont 500 000 ont un besoin d'aide d'urgence. Il y a de nombreux besoins notamment en termes d'accès à l’eau et d'assainissement. Les coupures conjointes des États-Unis et de notre pays ont créé une situation humanitaire très dégradée.

J’ai pu également échanger avec les responsables de l’AFD au Liban. Avec une baisse de 10 millions d’euros, notre pays finance plusieurs programmes de subvention pour 30 à 35 millions d’euros par an. Très loin derrière l’Allemagne dont l’aide publique au Liban atteint plus de 100 millions d’euros par an. Nos subventions financent principalement des projets en santé et reconstruction pour les réfugiés. Je me battrai au Parlement pour le relèvement de notre aide publique au développement afin de renforcer notamment notre aide humanitaire au Liban.

J’ai ensuite retrouvé nos conseillers élus des Français du Liban. Nous sommes revenus sur les conséquences de la crise économique pour nos compatriotes. On compte 22 000 compatriotes inscrits sur nos registres consulaires au Liban. L’action du service social de notre consulat s’est considérablement intensifiée, plaçant le poste au 1er rang du réseau consulaire mondial, tant en volume d’aides distribuées qu’en nombre de bénéficiaires. Près de 20 % du montant global de l’aide sociale à l’étranger est versé aux Français résidant au Liban. L’aide distribuée cette année par le service social a atteint près de 10 millions d’euros. On dénombre plus de 2 600 adhérents à la caisse des Français de l’étranger. La crise a accentué les demandes de soutien afin d’accéder à la catégorie aidée de la CFE (près de 500 dossiers). J’ai pu constater et soutiendrai la nécessité de création d’un poste supplémentaire afin de renforcer une équipe consulaire en sous-effectif chronique.

J’ai pu ensuite visiter et échanger avec l’équipe de direction du Grand Lycée Franco-libanais à Beyrouth. Le pays compte le plus grand nombre d’établissements homologués par l’AEFE avec 69 établissements et plus de 1 200 élèves boursiers.

L’établissement a été créé en 1909 et représente la présence éducative de la France au Proche-Orient et de la mission laïque, l’un des établissements les plus importants du réseau mondial de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’étranger. On y compte près de 2 700 élèves, 318 personnels dont 13 détachés pour l’encadrement et 18 pour l’enseignement. Attachés à notre modèle éducatif hors de France, nous sommes revenus sur la nécessité que notre pays accentue son financement à notre modèle éducatif hors de France. Dans un contexte concurrentiel, l’éducation étant la priorité numéro 1 des familles libanaises.

Je suis allé ensuite déposer une gerbe au port de Beyrouth, en compagnie du gouverneur Marwan Abboud, afin d’honorer la mémoire des victimes et soutenir les familles endeuillées par la tragique explosion qui s’est produite au port de Beyrouth le 4 août 2020.

J’ai pu échanger avec notre ambassadeur sur la situation politique et économique au Liban ainsi que les différentes initiatives dans le cadre de notre relation bilatérale. Le Liban est une république parlementaire monocamérale. La Chambre des députés est composée de 128 députés élus pour quatre ans. Les sièges étant répartis à parité sur une base confessionnelle (64 chrétiens et 64 musulmans). L'élection de Joseph Aoun à la présidence de la République en janvier 2025 suivie de la désignation de Nawaf Salam comme Premier ministre constituent la première étape d’un processus de remise en marche des institutions libanaises.

Depuis la guerre de 2006, les tensions avec Israël, au sud du Liban, restent présentes et les deux pays sont toujours formellement en état de guerre. Des affrontements ont débuté des deux côtés de la frontière entre le Hezbollah et Israël à partir du 8 octobre 2023. Le conflit s’est transformé en une guerre violente entre septembre 2024 et novembre 2024. Un cessez-le-feu, entré en vigueur le 27 novembre 2024 et parrainé par les États-Unis et la France, est venu mettre fin à ce conflit qui a conduit à près de 3 800 morts et près d’un million et demi de déplacés.

J’ai conclu mon déplacement avec une réunion publique participative, où nous avons pu échanger avec nos compatriotes sur la situation au Liban ainsi que les discussions budgétaires en cours en France et la nécessité de rénover et de démocratiser nos institutions.