Lutter contre les violences sexistes et sexuelles partout dans le monde

Le 2 avril 2026, j’ai participé avec mes collègues parlementaires représentant les Français.e.s établi.e.s hors de France à une réunion organisée par la Direction de l’administration consulaire et des Français de l’étranger (DFAE) sur les mesures mises en place par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour mieux prendre en charge les victimes de violences sexistes et sexuelles partout dans le monde.
Présentée le 7 mars 2025 par Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, la feuille de route contre les violences sexistes et sexuelles s’inscrit dans la mise en œuvre d’une diplomatie féministe, érigée en priorité de l’action extérieure de la France. L’objectif est de garantir une protection effective des femmes victimes de violences partout dans le monde. La stratégie s’inscrit dans une démarche interministérielle associant notamment le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Justice, afin d’améliorer l’accompagnement des Françaises et Français confrontés à des violences sexistes et sexuelles (VSS) à l’étranger.
Les statistiques 2025 du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères montrent une hausse significative des signalements, avec une augmentation de 53 % des violences au sein du couple et une progression globale de 24 % pour l’ensemble des violences recensées. Si ces augmentations restent inquiétantes, elles traduisent néanmoins une meilleure connaissance des dispositifs existants par les Français.e.s établi.e.s hors de France. Cependant, les obstacles au signalement restent particulièrement importants à l’étranger. Les contextes juridiques, administratifs, linguistiques et culturels diffèrent selon les pays et peuvent limiter ou empêcher le dépôt de plainte. Les Français.e.s établis hors de France peuvent se trouver en situation de dépendance vis-à-vis de leur conjoint.e, tant sur le plan administratif que financier, en particulier dans les cas de violences intrafamiliales où le risque d’être accusé.e.s d’enlèvement d’enfants complique leurs démarches.
Afin de renforcer la prise en charge des victimes, le ministère a développé plusieurs dispositifs d’accompagnement reposant sur le rôle central des agents consulaires. Plus de 210 agents référents « protection des violences » ont été désignés et des protocoles d’accueil des victimes ont été renforcés. Des formations spécifiques à l’écoute et à l’accompagnement ont été mises en place par l’Académie diplomatique et consulaire, en lien avec la DFAE et la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences. À ce jour, 170 agents ont participé à ces formations, également accessibles aux référents égalité dans les postes diplomatiques. En complément, une convention a été signée avec la plateforme SaveYou en mars 2025, renouvelée en mars 2026, permettant aux victimes de bénéficier d’un service gratuit d’écoute assuré par des bénévoles, dans le respect strict de la confidentialité.
L’amélioration de l’information constitue un autre axe prioritaire. La DFAE a publié en 2026 un Guide des victimes françaises à l’étranger composé de 18 fiches thématiques destinées à orienter les victimes et à faciliter leurs démarches. Ce guide inclut notamment des fiches consacrées aux violences sexistes et sexuelles et aux violences intrafamiliales, ainsi que des informations sur les dispositifs d’aide disponibles, dont la plateforme numérique du ministère de l’Intérieur et le numéro 3919. Rendu public lors de la session d’octobre 2025 de l’Assemblée des Français de l’étranger, ce guide s’accompagne d’outils de sensibilisation destinés aux élus et aux acteurs de la communauté française.
Le ministère a également engagé une uniformisation de la communication à destination des victimes avec la refonte complète de son site internet et de ceux des postes diplomatiques. Une page dédiée est désormais accessible dans 130 pays, regroupant les informations essentielles et complétée par des ressources locales telles que les associations, les modalités de dépôt de plainte, les avocats francophones ou encore les contacts médicaux. Un bouton « escape » est par ailleurs en cours de développement afin de permettre aux victimes de quitter rapidement la page en cas de danger.
La DFAE travaille également à renforcer l’accompagnement juridique en s’inspirant d’une expérimentation menée à Singapour, où une permanence juridique a été mise en place. En lien avec le barreau de Paris, l’objectif est de développer un réseau d’avocats disposant d’une double compétence en droit local et en droit français, avec une extension progressive de ce dispositif à d’autres pays. Une réflexion est aussi engagée pour améliorer l’articulation entre la protection consulaire à l’étranger et l’accompagnement des victimes lors de leur retour en France. Cette problématique est particulièrement sensible pour les personnes disposant de peu d’attaches en France, dans un contexte marqué par la saturation de l’hébergement d’urgence. La DFAE développe à cet égard des partenariats avec des associations et structures spécialisées afin d’améliorer l’accès aux droits, aux soins et à l’accompagnement social.
Les échanges avec les parlementaires ont mis en lumière plusieurs enjeux, notamment la nécessité de renforcer les formations, d’améliorer la visibilité des dispositifs, d’assurer la confidentialité des échanges notamment avec SaveYou, de développer la coopération avec les autorités étrangères, de réfléchir à la prise en charge spécifique des violences envers les enfants, et de mieux coordonner l’accompagnement au retour en France. La DFAE a indiqué que la formation à la lutte contre les VSS est désormais obligatoire pour les agents diplomatiques, que la veille est assurée par le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères en cas d’urgence. La plateforme SaveYou fait l’objet de retours positifs, avec des procédures strictes en matière de confidentialité des données. La lutte contre les VSS nécessite encore des améliorations mais permet déjà un meilleur accompagnement des Français.e.s victimes de violences à l’étranger.