
J’ai participé à la 45e session de l’Assemblée des Françaises et des Français de l’étranger (AFE) du 12 au 16 octobre 2026. Cette session était la première suite au renouvellement fin mai 2026, des 433 conseillers des Français de l’étranger et 77 délégués élus pour un mandat de six ans. Parmi les 433 conseillers, 90 conseillers sont élus à l’AFE. Ils se réunissent pendant une semaine pour organiser les travaux de cette Assemblée qui se réunit deux fois par an au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour défendre les enjeux et les droits des Français de l’étranger.
L’AFE peut être consultée par le gouvernement, ainsi que par le président de l’Assemblée nationale ou par le président du Sénat sur la situation des Français établis hors de France et sur toute question consulaire ou d’intérêt général, notamment culturel, éducatif, économique ou social. Elle est également consultée sur les dispositions concernant les Français de l’étranger dans les projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale. Une fois par an, le gouvernement lui présente un rapport sur la situation des Français établis hors de France et les politiques conduites à leur égard.
Cette 45e session a mis en lumière les préoccupations budgétaires, les inquiétudes sur l’avenir du réseau d’enseignement français à l’étranger dans un contexte de préparation des prochaines échéances électorales. Cette session était particulière, les élus des Français de l’étranger devaient trancher sur l’organisation interne de l’Assemblée, l’élection de leur président ainsi que l’élection des présidents et vice-présidents des commissions, l’adoption du règlement intérieur et la définition du plan de travail pour les six années à venir.
Intervention d'Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger
Dans son intervention, la ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, a rappelé l’importance des Français établis hors de France comme vecteur du rayonnement et de l’influence de la France dans le monde. 1.8 millions de Français sont inscrits au registre des Français de l’étranger mais on estime à 3.5 millions le nombre de Français établis hors de France.
La ministre a souligné l’importance de la mobilisation des Français établis hors de France à l’approche des prochaines échéances électorales, rappelant que leur participation collective permettrait de renforcer leur poids. Elle a indiqué que les ambassades et consulats s'efforceront d’ouvrir un maximum de bureaux de vote et que des progrès importants ont été réalisés concernant le vote électronique.
Elle a également défendu l’importance stratégique du réseau d’enseignement français à l’étranger, qui scolarise près de 400 000 élèves dans 138 pays. Concernant la réforme de l’AEFE, elle a assuré que le nouveau directeur général, Alexandre Moroit, était à l’écoute des préoccupations du terrain. Elle a rappelé la diversité des 640 établissements du réseau et la nécessité d’adapter les décisions à leurs réalités locales, notamment dans le cadre de la renégociation des conventions. Elle a insisté sur la concertation engagée avec les parlementaires et la communauté éducative, tout en reconnaissant la nécessité de prendre des décisions pour éviter de nouvelles mesures financières d’urgence.
Sur le projet de loi sur les Français de l’étranger, la ministre a indiqué que le calendrier ne permettait pas l'examen de ce texte consacré aux Français de l’étranger. Elle souhaite que les mesures initialement envisagées dans ce texte soient reprises dans d’autres textes législatifs ou mises en œuvre par voie réglementaire. Elle a notamment évoqué les discussions concernant le projet d’une antenne pour les Français de l’étranger au sein de la maison départementale des personnes handicapées et la reconnaissance des permis de conduire, avec des démarches en cours au Chili.
Les élus membres de l’AFE ont exprimé plusieurs préoccupations : le financement du programme 151 et les moyens consacrés aux Français de l’étranger, la transmission des documents budgétaires, l’avenir de l’AEFE, la situation financière de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) et l’accessibilité des formulaires administratifs pour les personnes maîtrisant insuffisamment le français.
En réponse, la ministre a rappelé que les arbitrages budgétaires relevaient du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et que les propositions de l’AFE avaient vocation à être prises en compte. Elle a invité les élus à se rapprocher des parlementaires afin de porter leurs amendements et leurs points d’alerte dans le cadre du débat budgétaire. Concernant la CFE, elle a rappelé avoir augmenté la subvention l’année précédente et s’est dite ouverte aux propositions visant à préserver cette institution. Enfin, elle a invité l’AFE à formuler des propositions concrètes pour améliorer la compréhension des formulaires administratifs et annoncé qu’elle transmettrait la liste des mesures pour améliorer les droits des Français de l’étranger pouvant passer par la voie réglementaire.
Organisation de l’AFE, des groupes politiques et élection du président
Cette nouvelle mandature se caractérise par un renouvellement important de l’Assemblée, avec 60 % de nouveaux élus. Les conseillers des Français de l’étranger ont élu Baptiste Heinz à la présidence de l’AFE.
La constitution des cinq groupes politiques a donné lieu à de nombreux échanges sur la représentativité au sein du bureau et des commissions. Plusieurs conseillers ont regretté les conditions de répartition des responsabilités et demandé une meilleure prise en compte des différents groupes. Les débats ont notamment porté sur la place des vice-présidences et sur l’évolution du règlement intérieur.
Les échanges ont fait apparaître des désaccords sur les modalités de modification du règlement intérieur. Compte tenu des difficultés rencontrées pour valider une nouvelle version dans les délais impartis, il a été proposé de conserver le règlement intérieur existant, en y intégrant les changements de dénomination des commissions permanentes ainsi que les dispositions relatives à leurs vice-présidences. L’objectif sera de présenter un nouveau règlement intérieur rapidement.
Concernant le renouvellement des membres des commissions de contrôle, le secrétaire général de l’AFE, M. Fromagot, a rappelé les dispositions de la loi organique n° 76-97 du 31 janvier 1976 relative aux listes électorales consulaires et au vote des Français établis hors de France pour l'élection du Président de la république, selon lesquelles les membres des commissions de contrôle sont désignés par l’AFE sur proposition des conseillers des Français de l’étranger, au moment du renouvellement de l’AFE. Ce renouvellement peut également intervenir par reconduction des membres déjà en fonction. La tenue prochaine de l’élection présidentielle impose toutefois de respecter un calendrier précis pour la désignation de ces membres :
- Du 24 au 27 mars : réunions des commissions de contrôle pour le continent américain.
- Du 25 au 28 mars : réunions des commissions de contrôle pour le reste du monde.
L’AFE devra désigner les membres concernés en amont de ces échéances.
Les 5 groupes politiques ont présenté leur programme.
Le groupe des Indépendants entend agir avec écoute et pragmatisme pour accompagner les communautés françaises. Ses priorités portent notamment sur la prévention des violences intrafamiliales et sexuelles ainsi que sur la mobilité des jeunes à l’échelle internationale.
L’Alliance libéraux indépendants et centristes de l’étranger défend une ligne démocrate, libérale et progressiste, fondée sur la liberté, l’entrepreneuriat et la solidarité. Le groupe souhaite moderniser les services consulaires et scolaires, réviser le barème des bourses, promouvoir un vote électronique fiable et simplifier le retour en France. Il plaide également pour une fiscalité fondée sur le lieu de résidence.
Le groupe Solidaire et Indépendants place au cœur de son action la défense de la Caisse des Français de l’étranger (CFE), de l’AEFE et des entreprises françaises à l’étranger, levier d’influence pour la France. Il défend également l’accès aux services consulaires et la protection des personnes les plus vulnérables.
Le groupe Progressiste, écologiste et solidaire entend transformer les attentes des Français de l’étranger en propositions concrètes. Il défend un enseignement français accessible et innovant, des services publics de qualité et réaffirme son opposition sans ambiguïté à l’extrême droite, en revendiquant les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.
Enfin, le groupe Défense des Français d’ici et d'ailleurs rassemble des élus aux sensibilités diverses, issus notamment de pays en guerre comme le Liban, la Russie et Israël. Cette diversité nourrit une approche attentive aux réalités géopolitiques et aux difficultés rencontrées par les Français établis hors de France. Le groupe souhaite poursuivre un travail transpartisan afin que leurs droits et leurs préoccupations soient reconnus au-delà des clivages politiques.
Réforme de l’enseignement français à l’étranger
L’avenir de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) a constitué l’un des principaux sujets de préoccupation de cette session.
Alors que le réseau traverse une crise financière et que les familles sont confrontées à la hausse des frais de scolarité, plusieurs élus ont exprimé leurs inquiétudes face à une réforme dont les conséquences sur les établissements, les personnels et l’accessibilité sociale restent déterminantes.
La préparation du prochain conseil d’administration de l’Agence, prévu le 18 novembre 2026, doit permettre de confronter les propositions formulées dans les différents rapports parlementaires et de faire le point sur les moyens financiers, les aides aux familles et les perspectives du réseau.
Au-delà des enjeux budgétaires, les élus ont rappelé l’importance de préserver un enseignement français accessible, innovant et ouvert sur le monde. Les questions relatives à l’inclusion des élèves en situation de handicap, aux accompagnants, aux dispositifs FLAM, au CNED, aux filières bilingues et à l’accès à l’enseignement supérieur figurent parmi les priorités identifiées.
Budget 2027 : des moyens sous tension
Les discussions budgétaires ont été évoquées durant l’ensemble de la session. Les élus ont notamment interrogé le Gouvernement sur les moyens consacrés aux Français de l’étranger et sur les conséquences des contraintes financières pesant sur le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
La ministre Éléonore Caroit a indiqué que les propositions formulées par l’AFE seraient prises en compte dans les discussions budgétaires, tout en invitant les élus à se rapprocher des parlementaires pour porter leurs amendements et leurs points d’alerte.
Plusieurs dossiers ont suscité une attention particulière : la pérennité financière de la Caisse des Français de l’étranger (CFE), les aides sociales, les bourses scolaires et le soutien aux associations.
Pour 2027, le maintien d’une enveloppe de 103,6 millions d’euros pour les bourses scolaires a été annoncé dans les éléments présentés à l’Assemblée. Les crédits consacrés aux aides sociales à 15,36 millions d’euros sont rehaussés de 160 000 euros. Les crédits à l’accompagnement des personnes en situation de handicap sont maintenus à 2.5 millions d’euros par rapport à l’année dernière. Les crédits en soutien aux tissus associatifs (STAFE), d’un montant de 1.44 millions d'euros sont en baisse de 160 000 euros.
Le budget consacré à la CFE demeure stable à 360 000 euros mais reste un sujet de préoccupation. Les élus ont alerté sur les difficultés d’équilibre financier de la caisse et sur le coût de la catégorie aidée, appelant à une réponse permettant de garantir durablement l’accès à une couverture maladie aux Français établis hors de France.
Simplification administrative et identité numérique : des difficultés et des avancées à consolider
La modernisation des services consulaires a occupé une place importante dans les présentations des représentants de la Direction des Français et de l’administration consulaire (DFAE).
François Penguilly, directeur adjoint à la DFAE, a salué l’action et la vitalité de l'AFE. Le nouveau déploiement du vote par internet a facilité la participation des électeurs aux dernières élections consulaires fin mai. Celle-ci s’établit à 13,98 %, légèrement en dessous de 2021, malgré une hausse du nombre d’électeurs. Seuls 13 recours ont été déposés devant le Conseil d’État, confirmant le bon déroulement global du scrutin.
Les élections sénatoriales ont également illustré l’engagement des élus. La prochaine échéance sera l’élection présidentielle, pour laquelle 1,8 million de Français établis hors de France seront appelés aux urnes. Le PLF pour 2027 prévoit la dématérialisation de la propagande électorale, afin de répondre aux difficultés liées à la réception des professions de foi, ainsi que la suppression du vote par correspondance pour les élections législatives.
Enfin, le Bureau du vote électronique (BDVE) continuera de jouer un rôle essentiel dans la supervision et la sécurisation du vote par internet, afin de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté des Français de l’étranger.
Le ministère a mis en avant le développement de France Consulaire, qui a enregistré 1,7 million d’appels depuis juin 2025, avec un taux de satisfaction annoncé de 90 %. La dématérialisation de l’état civil permet également de réduire les délais d’obtention des actes, tandis que l’expérimentation du renouvellement à distance des passeports se poursuit dans plusieurs pays.
L’identité numérique certifiée constitue un autre chantier prioritaire, notamment en prévision des prochaines échéances électorales. Environ 45 000 Français de l’étranger avaient effectué cette démarche selon les chiffres présentés pendant la session. Cette évolution doit faciliter les démarches en ligne et contribuer à sécuriser le vote électronique. Elle suppose néanmoins que les usagers puissent effectivement accéder aux dispositifs proposés.
Plusieurs élus ont ainsi signalé des difficultés liées à l’absence de réception des SMS à l’étranger, à l’incompatibilité de certains téléphones, aux problèmes d’accès à FranceConnect et au manque d’information sur les procédures de certification. Les difficultés rencontrées dans certains pays, notamment lorsque les services numériques sont restreints, ont également été soulevées.
En réponse, l’administration a annoncé de nouvelles campagnes de communication et des tests destinés à améliorer le dispositif. Un test grandeur nature du vote par internet doit mobiliser 13 000 électeurs volontaires, dont 4 000 disposant d’une identité numérique certifiée. La DFAE invite tous les conseillers et conseillères des Français de l’étranger à participer à ce test.
La question de l’accès humain aux services publics reste toutefois centrale. Les élus ont notamment demandé le renforcement des tournées consulaires, indispensables dans les pays où les distances sont importantes et où les déplacements jusqu’aux consulats représentent une difficulté réelle.
Protection sociale, violences intrafamiliales et accès aux droits
Les services du ministère ont présenté les dispositifs d’aide aux Français détenus à l’étranger, d’accompagnement des mineurs et des familles, ainsi que les mécanismes de lutte contre les violences intrafamiliales et les violences faites aux femmes.
Le ministère a fait état de 2 400 détenus suivis dans le cadre de la protection consulaire, selon les données présentées, et d’une augmentation des situations concernant les mineurs et les familles. Les dossiers de déplacements illicites d’enfants, de violences intrafamiliales et de mineurs en danger témoignent de la complexité de ces interventions, qui nécessitent une coopération avec les autorités locales.
Le recouvrement transfrontalier des pensions alimentaires demeure également un enjeu important. Environ 1 800 dossiers étaient suivis en 2026, dont 96 % au bénéfice de femmes créancières. Le taux de recouvrement est faible et s'établit à 18 %, souligne les difficultés persistantes rencontrées par les familles.
Les élus ont par ailleurs insisté sur les obstacles auxquels se heurtent les Français de l’étranger en situation de handicap pour accéder aux dispositifs français. Le projet de désignation d’une maison départementale des personnes handicapées (MDPH) disposant d’un pôle dédié aux Français établis hors de France est à l’étude.
Enfin, la simplification des démarches administratives, la protection des personnes âgées, l’accompagnement des jeunes et les difficultés rencontrées lors d’un retour en France figurent parmi les sujets appelés à être approfondis par la nouvelle commission des affaires sociales.
Échéances électorales de 2027
À l’approche de l’élection présidentielle et des élections législatives de 2027, la mobilisation des Français de l’étranger a fait l’objet de nombreux échanges.
Le ministère a rappelé qu’environ 1,8 million de Français établis hors de France étaient inscrits au registre et que la population totale était estimée à 3.5 millions de personnes. L’inscription au registre demeurant facultative, les élus ont été invités à encourager leurs compatriotes à vérifier leur situation administrative et leurs modalités de participation aux scrutins.
Les difficultés rencontrées lors des dernières élections consulaires, notamment en matière de réception des identifiants et des SMS nécessaires au vote électronique, ont été signalées par les élus. L’administration a indiqué que de nouveaux tests seraient organisés afin de fiabiliser les procédures. Les conseillers ont également pointé la nécessité de mieux communiquer sur les échéances électorales pour contrer l’abstention.
La DFAE met en avant les tournées consulaires, la certification de l’identité numérique et la communication auprès des électeurs pour faciliter la participation électorale. Les élus ont également été appelés à se mobiliser pour accompagner l’organisation des bureaux de vote et encourager l’engagement citoyen.
Six commissions pour travailler sur les enjeux et les droits des Français de l’étranger
La session a permis de préciser les priorités de travail des six commissions permanentes de l’AFE :
- La commission des Lois, des règlements et des affaires consulaires, présidée par Lucas Lamah, travaillera notamment sur l’accès aux services consulaires, la nationalité, l’état civil, la modernisation administrative et la préparation des élections.
- La commission des Finances, du budget et de la fiscalité, présidée par Daphna Poznanski Benhamou, entend défendre une plus grande équité fiscale pour les non-résidents, les moyens budgétaires consacrés aux Français de l’étranger et le droit au compte bancaire.
- La commission du Commerce extérieur, des partenariats internationaux, de la francophonie et des médias, présidée par Didier Lespinas, souhaite mieux connecter les réseaux économiques, institutionnels et culturels et renforcer la visibilité des Français de l’étranger.
- La commission de l’Enseignement, de la formation et des affaires culturelles, présidée par Vincent Liegey, suivra de près la réforme de l’AEFE, les bourses scolaires, l’inclusion et les perspectives offertes à la jeunesse.
- La commission des Affaires sociales, de la jeunesse, de la protection des personnes, de l’emploi et du monde combattant, présidée par Gaëlle Lecomte, se concentrera sur l’accès aux aides, la protection des victimes, le handicap, l’emploi et l’accompagnement des familles.
- La commission de la Sécurité et des urgences écologiques, présidée par Pierre Lavéant, travaillera sur les crises, les risques cyber, les ingérences étrangères, les conséquences du changement climatique et les initiatives écologiques portées par les Français de l’étranger.
Les présidents et vice-présidents des commissions ont également insisté sur la nécessité de donner une suite concrète aux travaux de l’Assemblée en lien avec les parlementaires au-delà de l’adoption de nouvelles résolutions.