L’AEFE ne peut pas développer le réseau sans visibilité budgétaire ni capacité d’emprunt

Yan Chantrel - L’AEFE ne peut pas développer le réseau sans visibilité budgétaire ni capacité d’emprunt

Auditionné par la mission d’information sénatoriale sur l’avenir de l’enseignement français à l’étranger, Olivier Brochet, ancien directeur de l’AEFE de 2019 à 2023 et actuel ambassadeur de France au Vietnam, a détaillé les fragilités du modèle économique de l’Agence et les conditions nécessaires au développement du réseau dans le cadre de l’objectif « Cap 2030 ».

À son arrivée à la tête de l’AEFE, l’Agence devait déjà faire face aux conséquences de la baisse de 33 millions d’euros de sa subvention publique décidée à l’été 2017. Cette réduction budgétaire a entraîné un plan de suppression de 500 postes entre 2018 et 2021 ainsi qu’une hausse temporaire de la Participation Forfaitaire Complémentaire (PFC). Dans le même temps, le président de la République fixait l’objectif ambitieux de doubler les effectifs du réseau d’ici 2030.

Quelques mois plus tard, la crise sanitaire liée au Covid-19 a profondément bouleversé le fonctionnement des établissements. L’AEFE a alors dû réorganiser en urgence le réseau afin d’assurer la continuité pédagogique à distance, soutenir les familles et éviter les faillites d’établissements.

Pour Olivier Brochet, la principale fragilité du modèle de l’AEFE reste toutefois structurelle. Il estime que le transfert à l’Agence de la charge des pensions civiles des fonctionnaires en 2009 a durablement déséquilibré ses finances. Bien que partiellement compensée par l’État, cette charge a continué d’augmenter sans suivre l’inflation réelle des dépenses. Or, l’AEFE consacre près de 70 % de son budget aux dépenses de personnel, largement dépendantes de décisions prises hors de l’Agence, comme les revalorisations salariales, les primes ou les pensions civiles.

L’ancien directeur regrette également l’absence de visibilité budgétaire pluriannuelle. Selon lui, les contrats d’objectifs et de moyens fixent des ambitions précises sans garantir les financements correspondants. L’AEFE aurait pourtant besoin d’une trajectoire budgétaire stable sur plusieurs années afin de mener ses réformes et accompagner durablement la croissance du réseau.

Olivier Brochet estime indispensable de permettre à l’AEFE d’emprunter pour moderniser les établissements en gestion directe (EGD), soutenir les établissements conventionnés et accompagner l’expansion du réseau. Aujourd’hui, de nombreux projets immobiliers restent bloqués malgré des besoins importants et des capacités financières disponibles dans certains établissements. Le schéma pluriannuel d’investissements immobiliers préparé sous son mandat n’a toujours pas pu être mis en œuvre faute d’accord sur les modalités de financement.

Cette situation pèse également sur les familles, parfois contraintes de financer des travaux dont leurs enfants ne bénéficieront pas directement. Dans plusieurs pays, les écoles partenaires mettent de nombreuses années avant de pouvoir ouvrir un collège ou un lycée, compliquant la continuité pédagogique avec les établissements conventionnés ou les EGD et freinant ainsi le développement du réseau.

Face à ces difficultés, Olivier Brochet formule plusieurs recommandations. Il appelle d’abord à garantir une véritable prévisibilité budgétaire à l’AEFE, avec des engagements financiers de l’État sur plusieurs années. Il défend également la nécessité d’autoriser le recours à l’emprunt pour financer les infrastructures scolaires et soutenir le développement du réseau.

L’ancien directeur insiste aussi sur l’importance des ressources humaines. Il plaide pour le maintien de l’attractivité des postes de direction, le renforcement des personnels formateurs et une réforme progressive des statuts afin de préserver la qualité pédagogique sans fragiliser les établissements.

Enfin, il estime nécessaire de clarifier les relations financières entre l’AEFE et les établissements partenaires.

Malgré les difficultés rencontrées, Olivier Brochet considère que l’objectif « Cap 2030 » a permis d’engager une dynamique de croissance et de modernisation du réseau. Pour réussir durablement, l’AEFE devra cependant disposer de moyens financiers stables, d’une capacité d’investissement renforcée et d’une stratégie adaptée à la diversité des situations locales.